Vous êtes en arrêt maladie et l’âge de la retraite approche ? Vous vous demandez s’il est possible de demander votre pension pendant cette période ? Cette situation vous questionne sur les conséquences financières d’un tel choix ?
Bonne nouvelle : vous n’êtes pas seul dans ce cas. De nombreux salariés se retrouvent dans cette situation délicate, entre problèmes de santé et désir légitime de partir à la retraite.
La réponse est oui, partir en retraite pendant un arrêt maladie est techniquement possible. Mais attention : cette décision peut avoir des répercussions importantes sur le montant de votre future pension et sur vos indemnités journalières actuelles.
Dans cet article, vous allez découvrir tous les aspects de cette problématique : impact sur vos IJ, validation des trimestres, calcul de votre retraite, et surtout, les conseils pratiques pour prendre la meilleure décision selon votre situation.
Peut-on vraiment partir en retraite pendant un arrêt maladie ?
La réponse est claire : oui, vous pouvez demander votre retraite même si vous êtes en arrêt maladie. Aucune disposition légale ne vous l’interdit. Vous conservez tous vos droits à pension, que vous soyez en activité ou en arrêt pour raisons de santé.
Cependant, cette possibilité s’accompagne de règles strictes qu’il faut absolument connaître avant de vous décider. Le passage du statut de salarié en arrêt maladie à celui de retraité modifie profondément votre situation administrative et financière.
Première conséquence majeure : vos indemnités journalières cessent automatiquement dès la date d’effet de votre pension de retraite. En effet, selon le Code de la sécurité sociale, le versement des IJ est incompatible avec la perception d’une pension vieillesse, car celle-ci met fin à votre statut de salarié.
Cette règle connaît quelques exceptions, notamment en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, où des dispositions particulières peuvent s’appliquer. Si vous êtes dans ce cas et devez gérer une transition particulière liée au préavis, consultez notre guide sur le préavis et arrêt maladie pour mieux comprendre vos droits.
Il est donc crucial de bien évaluer si le montant de votre future pension compensera la perte de vos IJ. Cette analyse dépend de nombreux facteurs : votre âge, le montant de votre salaire, la durée probable de votre arrêt, et le calcul prévisionnel de votre retraite.
Impact sur vos indemnités journalières : ce qui change
Quand vous basculez vers la retraite, le versement de vos indemnités journalières s’arrête immédiatement. Cette règle s’applique sans exception depuis la suppression, en janvier 2021, de la période de cumul de 6 mois qui existait auparavant pour les cas d’inaptitude.
Le décret n°2021-428 du 12 avril 2021 a précisé ces modalités et supprimé les dernières possibilités de cumul entre IJ maladie et pension de retraite. Désormais, c’est soit l’un, soit l’autre, mais pas les deux.
Cette césure nette peut représenter une perte financière importante selon votre situation. Les IJ maladie représentent 50% de votre salaire journalier de base (dans la limite du plafond de la Sécurité sociale), soit environ 1 800 € par mois maximum en 2024.
Si votre pension de retraite est inférieure à ce montant, vous y perdez financièrement. À l’inverse, si votre retraite dépasse vos IJ actuelles, le passage peut être avantageux. D’où l’importance cruciale de réaliser une simulation précise avant de prendre votre décision.
Attention également aux compléments de salaire que votre employeur pourrait vous verser pendant l’arrêt maladie. Ces compléments, qui portent vos revenus à 100% de votre salaire pendant une durée déterminée, cessent également lors de votre départ en retraite.
Validation des trimestres pendant l’arrêt maladie
Bonne nouvelle sur ce point : les périodes d’arrêt maladie indemnisées permettent de valider des trimestres assimilés pour votre retraite. Cette validation suit une règle simple mais importante à retenir.
Vous validez 1 trimestre pour chaque période de 60 jours consécutifs d’indemnisation par l’Assurance maladie. Cette règle s’applique dans la limite de 4 trimestres maximum par année civile, comme pour tous les autres trimestres.
| Durée d’arrêt indemnisé | Trimestres validés |
|---|---|
| 1 à 59 jours | 0 trimestre |
| 60 à 119 jours | 1 trimestre |
| 120 à 179 jours | 2 trimestres |
| 180 à 239 jours | 3 trimestres |
| 240 jours et plus | 4 trimestres |
Cette validation des trimestres présente un avantage certain : elle vous permet de continuer à acquérir des droits pour votre retraite même sans travailler. Si vous êtes proche de l’âge légal et qu’il vous manque quelques trimestres, un arrêt maladie long peut vous aider à atteindre la durée requise.
Cependant, attention : ces trimestres assimilés, bien qu’utiles pour la durée, n’ouvrent aucun droit à cotisation salariale. Ils ne génèrent donc pas de points pour vos retraites complémentaires AGIRC-ARRCO, sauf dispositions particulières.
Pour les retraites complémentaires, des points peuvent être attribués sous certaines conditions, notamment dans la limite d’un plafond lié aux points de l’année précédente. Ces règles complexes méritent un examen au cas par cas avec votre caisse de retraite.
Conséquences sur le montant de votre retraite
Voici le point le plus délicat : l’impact sur le montant final de votre pension. Car si les trimestres sont validés, les périodes d’arrêt maladie peuvent paradoxalement réduire votre retraite de base.
Le calcul de votre retraite de base s’appuie sur votre Salaire Annuel Moyen (SAM), calculé sur vos 25 meilleures années de revenus. Or, les indemnités journalières ne sont pas prises en compte dans ce calcul. Si votre arrêt maladie couvre une année entière, et que cette année figure parmi vos 25 meilleures, votre SAM peut sensiblement baisser.
Prenons un exemple concret : vous gagnez 3 000 € bruts par mois et vous êtes en arrêt maladie pendant 2 ans complets en fin de carrière. Si ces deux années faisaient partie de vos meilleures, leur absence du calcul du SAM peut réduire votre pension de base d’environ 40 € par mois, soit près de 500 € par an à vie.
Cette perte peut sembler modeste, mais elle se cumule sur toute votre retraite. Sur 20 ans de retraite, cela représente près de 10 000 € de manque à gagner. D’où l’intérêt de bien peser cette décision.
L’impact est d’autant plus important si vous êtes en fin de carrière avec des salaires élevés, ou si vous bénéficiez d’une progression salariale régulière. Dans ce cas, reporter votre départ en retraite après la fin de votre arrêt maladie peut s’avérer plus avantageux financièrement.
Cas particuliers et situations spécifiques
Plusieurs situations particulières méritent une attention spéciale car elles modifient les règles générales que nous venons de voir.
Maladie professionnelle et accident du travail
Si votre arrêt résulte d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail, les règles sont plus favorables. Les IJ AT-MP peuvent dans certains cas être maintenues temporairement après le départ en retraite, sous conditions strictes. Ces situations nécessitent un examen personnalisé avec la CPAM.
Retraite progressive
La retraite progressive offre une alternative intéressante. Elle permet de percevoir une partie de sa pension tout en conservant une activité réduite. Si votre état de santé le permet, cette solution peut vous faire bénéficier du meilleur des deux mondes : pension partielle et maintien de certains droits salariés.
Inaptitude au travail
En cas d’inaptitude reconnue par le médecin du travail, vous pouvez partir en retraite à taux plein dès 62 ans, même sans la durée complète de cotisation. Cette possibilité peut considérablement changer la donne financière de votre décision.
Dispositif carrière longue
Si vous relevez du dispositif carrière longue, les trimestres assimilés pour maladie sont pris en compte dans certaines limites (4 trimestres maximum). Cette règle peut influencer votre éligibilité à un départ anticipé.
Il peut arriver que votre arrêt maladie nécessite une prolongation d’arrêt maladie 48h avant votre départ effectif en retraite, situation qui demande une coordination fine entre différents interlocuteurs.
Conseils pratiques avant de prendre votre décision
Face à cette situation complexe, voici les démarches concrètes à effectuer avant de trancher :
Première étape : demandez un rendez-vous personnalisé avec un conseiller de l’Assurance retraite (CNAV). Cette démarche est gratuite et vous permettra d’obtenir une simulation précise de votre future pension selon différents scénarios de départ.
Deuxième étape : contactez votre CPAM pour estimer la durée probable de votre arrêt maladie et connaître vos droits aux IJ. Certains arrêts peuvent se prolonger au-delà des prévisions initiales, ce qui change complètement l’équation financière.
Troisième étape : consultez vos caisses de retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO) pour comprendre l’impact sur vos points et vos futures pensions complémentaires. Ces dernières représentent souvent 25 à 30% de vos revenus de retraite.
En règle générale, si votre état de santé le permet et que votre arrêt maladie n’est pas définitif, mieux vaut conserver votre statut de salarié jusqu’à la fin optimale de votre carrière. Cette stratégie préserve vos cotisations, maintient vos revenus via les IJ et les compléments employeur, et optimise le calcul de votre future pension.
Si au contraire votre état de santé ne permet pas un retour à l’emploi, alors le passage à la retraite devient souvent la solution la plus appropriée, même avec les inconvénients financiers évoqués.
Questions fréquentes
Peut-on être en arrêt maladie après 62 ans ?
Oui, il n’y a pas d’âge limite pour bénéficier d’un arrêt maladie tant que vous conservez votre statut de salarié. Même après 62 ans, si vous continuez à travailler et cotiser, vous gardez tous vos droits aux IJ en cas de maladie. C’est seulement le passage effectif à la retraite qui met fin à ces droits.
Comment comptent les trimestres de maladie pour la retraite ?
Les trimestres de maladie sont validés comme trimestres assimilés selon la règle des 60 jours : 1 trimestre validé pour chaque période de 60 jours consécutifs indemnisés, dans la limite de 4 trimestres par an. Ces trimestres comptent pour la durée de cotisation mais ne génèrent pas de salaire reporté au compte.
Que se passe-t-il pour un arrêt maladie 3 mois avant la retraite ?
Si vous êtes en arrêt maladie 3 mois avant votre date prévue de retraite, vous avez le choix : soit maintenir votre arrêt et partir en retraite à la date initialement prévue (les IJ cessent alors), soit reporter votre départ après la fin de l’arrêt pour optimiser vos derniers mois de salaire dans le calcul de votre pension.
L’indemnité de départ à la retraite est-elle maintenue en cas d’arrêt maladie ?
Oui, votre indemnité de départ à la retraite est maintenue même si vous êtes en arrêt maladie au moment de votre départ. Cette indemnité, légale ou conventionnelle, fait partie de vos droits acquis et ne dépend pas de votre présence effective dans l’entreprise lors de votre cessation d’activité.
